Saturday, October 1, 2011

Louise Brooks orchids

Louise Brooks; portrait d’une anti-star.

« Le plus beau visage du monde. » Elle le savait. Mais elle exigeait qu’on l’aime pour autre chose que pour sa beauté. Profondément, elle méprisait ceux qui cèdent à la séduction des apparences. On voulait faire d’elle une star. Elle refusa, et disparut discrètement dans la coulisse, choisissant délibérément la solitude et l’oubli pour préserver son indépendance.

Mais ses admirateurs, au moins la poignée de ceux qui savaient quel être se cachait derrière ce visage, ne l’ont pas abandonnée. Et la fidélité de leur admiration nous permet aujourd’hui de « découvrir », sous les traits de celle qui incarna à l’écran le personnage de Lulu, une femme extraordinaire. Incarnation bouleversante de la « beauté fatale  » selon l’esthétique de l’expressionnisme allemand, Louise Brooks est aussi, est surtout la seule actrice de l’histoire du cinéma qui se soit toujours insurgée contre cette nouvelle forme d’idolâtrie qui tend à réduire l’idéal humain – et singulièrement l’idéal féminin – à la copie conforme d’une image à laquelle chacun pourrait s’identifier sans risque. Et elle le dit avec la conviction de quelqu’un qui n’achète pas ses certitudes au rabais : pour une femme fut-elle douée de la beauté du diable, il y a, il y aura toujours une autre manière d’exister que celle qui consiste à adhérer passivement au « rôle » que la société a préparé pour elle. Une manière d’ être. 

En 1928, G.W. Pabst, réalisateur, cherche une actrice capable d’incarner devant les caméras des studios de Berlin la Lulu de Wedekind. Il a vu Louise Brooks dans un film de Howard Hawks. Et c’est le coup de foudre.

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Louise Brooks

Le choix du nom de Lulu est étroitement lié à une « aventure » que Wedekind eut avec Lou Andréas-Salomé. Au début de 1894, Lou Salomé se trouvait à Paris. On la rencontrait dans tous les cercles cosmopolites qui s’occupaient alors de littérature. Elle rencontra Wedekind dans une soirée donnée par la comtesse Nemethy, une hongroise. Comme la plupart des hommes, il fut tout de suite attiré par elle et, après avoir parlé avec elle la moitié de la nuit, il l’invita à monter dans sa  chambre. Elle accepta sans hésiter et, naturellement, il en conclut qu’elle était disposée à passer avec lui le reste de la nuit. A sa grande surprise, il s’aperçut que rien n’était plus loin de l’esprit de Lou. Malgré tout son talent de séducteur, qui n’était pas négligeable, il n’arriva pas à faire la moindre impression sur cette femme hardie et émancipée. Finalement, frustré et se sentant ridicule, il la laissa partir. Le lendemain matin, il sonna à sa porte en habit de cérémonie : jaquette, noeud noir et gants, armé d’un bouquet de fleurs, et lui présenta des excuses pour sa conduite incorrecte. Toutefois, quelques mois plus tard, il prit une subtile revanche en donnant au personnage principal de l’Esprit de la Terre le nom de « Lulu », caricature grotesque, évidemment, car Lulu est un démon sexuel, insatiable et destructeur. 

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Lou Salomé

Mais il est évident que même si l’on peut trouver une étrange correspondance entre la figure de Lulu et le charme dévastateur de Lou Salomé, les analogies demeurent assez superficielles car Lou Salomé – en dépit de son intelligence et de sa sensibilité, était loin de posséder ce génie de la sensualité, de la provocation, de l’innocence perverse qui caractérise le personnage de Wedekind.

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